Monographie : Miremont Ancien




  MONOGRAPHIE : Miremont Ancien  
  (chapitres 1 à 7)  

1. Origine de Miremont - Anciennes Divisions de notre département

               Les restes de fondations antiques que l'on trouve çà et là en creusant le sol, les vestiges d'une voie romaine, son voisinage avec Auterive que des fouilles récentes faites par M. l'abbé Carrière, secrétaire adjoint de la Société archéologique du midi de la France, ont fait de cette dernière commune une cité gallo-romaine, nous portent à croire que Miremont a la même origine. Toujours est-il que son château féodal existait au XIII° siècle, puisque Raymond de Falgar y naquit vers l'an 1200.

                Pour faire connaître les anciennes divisions territoriales de notre département, nous avons cru devoir rapporter ici le passage suivant extrait de la géographie de la Haute-Garonne par E. Roschach.

    ‘’ Pendant la période gallo-romaine, au delà de laquelle l'incertitude des renseignements historiques ne permet pas de remonter, les territoires actuellement compris dans le département de la Haute-Garonne ont fait partie de trois cités, civitates, ou groupes fédératifs.

                ‘’ Au nord, la cité des Tolosates, chef-lieu Tolosa, occupant le pays de plaine et les collines ondulées des deux rives de la Garonne, et confrontant, avec des limites variables selon les temps; au nord les cités d'Agen et de Cahors, à l'est, les cités d'Albi et de Narbonne, au sud les cités de Couserans et de Comminges, à l'ouest la cité de Lectoure.
                ‘’ Au sud-ouest, la cité de Convenae (Comminges, de création romaine, occupant toute la région montagneuse et les hautes vallées de la Garonne, chef-lieu Lugdunum, aujourd'hui Saint-Bertrand-de-Comminges
                ‘’Au sud-est la cité des Consonari, occupant le bassin du Salat, et dont l'ancienne capitale, toute voisine de la ville actuelle de Saint-Lizier, est comprise dans le département de l'Ariège.

    ‘’ La tradition à peu près fidèle des limites respectives de ces divers territoires nous a été conservée par la délimitation même des anciens diocèses, Toulouse, Comminges, Couserans, telle qu'elle existait avant l'année 1317, où furent créés, par le pape Jean XXII, de nombreux diocèses qui dénaturèrent complètement l'ancienne géographie (Rieux, Mirepoix, Lombez, Montauban).

   ‘’ Toute la région située sur la rive droite de la Garonne, depuis l'embouchure du Tarn jusqu'à celle du Salat, se trouva incorporée dans la première province romaine de la Gaule, la Provincia, désignée plus tard sous le nom de Narbonnaise. Les territoires situés à gauche appartenaient à l'ancienne et primitive Aquitaine. On retrouve encore aujourd'hui, dans l'idiome populaire, d'une rive à l'autre de la Garonne, des différences de dialecte qui trahissent l'ancienne division des races.

                ‘’ En 419 le pays de Toulouse et l’Aquitaine jusqu’à l’Océan ayant été cédés aux Wisigoths par l’empereur Honorius, Toulouse demeura pendant quatre-vingt-huit ans capitale d’un royaume goth qui comprit un moment toute l’Espagne et s’étendit jusqu’à la Loire. La domination des Goths fut détruite par Clovis à la suite de la bataille de Vouillé; mais un grand nombre de familles appartenant au peuple vaincu demeurèrent dans le pays.

                ‘’ Pendant les premiers siècles de la monarchie franque, le territoire désigné sous le nom de pays toulousain, pagus tolosanus, avait acquis un très grand développement. Les limites précises en seraient difficilement déterminées; mais on peut affirmer qu’elles atteignaient la frontière d’Espagne.

                ‘’ A la suite de nombreuses métamorphoses de la société féodale, des changements notables furent apportés aux anciennes limites; des dénominations nouvelles surgirent, les unes empruntées aux rivières qui sillonent la contrée, pays de Savès, Savensis, vallée de la Save, pays de Gimoës, Gimoensis, vallée de la Gimone; pays de Tougés, Togesii, vallée du Touch; pays du Volvestre, Volvestro, vallée du Volp, etc.; les autres tirant leur origine du nom d’une place forte chef-lieu, Lauragais, Lauraguesii, de Laurac-le Grand.

                ‘’ Le pays de Toulouse fut constitué en comté; il en fut de même du pays de Comminges et du pays de Foix. Divers démembrements, occasionnés par des alliances ou des transactions féodales, donnèrent naissance à d’autres fiefs, qui eurent une organisation distincte et qui formèrent des ensembles séparés.

                ‘’ A la mort d’Alphonse de France, dernier comte de Toulouse, le comté se trouvait divisé en bailliages, bajulioc, d’étendue très variable, dont les chefs-lieux appartenant actuellement à la Haute-Garonne étaient:

                ‘’ Auriac, Avignonet, Auterive, Buzet, Calmont, Caraman, Cintegabelle, Montgiscard, St Félix, Villemur; un bailliage situé à gauche de la Garonne portait le nom de baillage de Gascogne.

                ‘’ En dehors du département, le comté comprenait les bailliages de Castelnaudary, Castelsarrasin, Hautpoul, Fanjeaux, Laurac, l’Ile d’Albi, Lavaur, Pésine, Puylaurens, Rabastens, Verdun.

                ‘’ Après la réunion du comté de Toulouse à la couronne, en 1271, l’administration monarchique introduisit de nouvelles divisions, et la province de Languedoc se trouva constituée en diocèses.

                ‘’ Le territoire de la Haute-Garonne étant situé sur les confins des deux provinces de Languedoc et Guyenne, la division n’en demeura pas immuable; ainsi les communes de l’ancien diocése de Rieux, situées sur la rive gauche de la Garonne, après avoir fait primitivement partie du Languedoc, furent attribués par Louis XI à la Guyenne; il en fut de même du comté de Caraman; dont les seize communes firent retour au Languedoc seulement en 1780.

                '' En prenant pour date l'année 1789, voici quelle était la répartition des territoires du département entre les deux grands gouvernement de Guyenne et de Languedoc.

                '' Sur trente neuf cantons dont se compose actuellement le département de la Haute-Garonne, dix-sept sont entièrement languedociens:

                  Ce sont les cantons de Toulouse nord, Toulouse centre, Toulouse sud, Toulouse ouest, Castanet, Fronton, Montastruc, Verfeil, Villemur, Auterive, Cintegabelle, Caraman, Lanta, Montgiscard, Nailloux, Revel, Villefranche.

                '' Treize cantons sont mixtes et se partagent inégalement entre la Guyenne et le Languedoc,

                '' Ce sont les cantons de Grenade, Léguevin, Carbonne, Cazéres, Fousseret, Montesquieu-Volvestre, Muret, Rieumes, Rieux, Saint-Béat, Saint-Bertrand, Saint-Gaudens, Salies.

                '' Neuf cantons sont entièrement gascons:

                '' Ce sont les cantons de Cadours, Saint-Lys, Aspect, Aurignac, Bagnères-de-Luchon, Boulogne, l'Isle-en-Dodon, Montréjeau, Saint-Martory.

                '' Les territoires languedociens de la Haute-Garonne appartiennent à six divisions de la province, désignées par les noms des diocèses civils ou temporels de Toulouse, Bas-Montauban, Rieux, Comminges, Lavaur, Mirepoix.

                '' Sept cléments avaient anciennement composé le diocèse civil de Toulouse, savoir la viguerie de Toulouse, la temporalité archiépiscopale, la jugerie de Lauragais, la jugerie de Villelongue, la jugerie de Verdun, la jugerie de Rieux, la jugerie de Rivière.''

                Miremont appartenait à la jugerie de Rieux dans le diocèse de Toulouse: c'était un des principaux prieurés. '' Il fut érigé de simple fief seigneurial en Marquisat par lettres royales données le 10 octobre 1659, en faveur de messire Jean-Georges Garaud-Duranti, seigneur de Donneville, Président au Parlement de Toulouse. (nobiliaire toulousain).''

2. Description de la ville fortifiée

                Au moyen-âge Miremont avait ses fossés et ses remparts. Il reste encore des vestiges des uns et des autres. On pénétrait dans la ville par deux portes désignées parfois sous le nom de tours de ville. L'une était située à l'extrémité de la rue qui est entre la rue Basse et la rue Temponnière, en face la rue d'Aupailhac, et l'autre à la place d'Ombes, entre la maison Gentil et la place du marché. Elles furent réparées en 1765, et le 5 avril1768, on les afferma à un nommé Chébaud moyennant la somme de 20 livres, pour y élever des pigeons. On pratiqua de nouvelles réparations à ces tours en l'an X. Deux ans plus tard le Maire expose au conseil politique '' qu'il y a dans la cité une tour de ville batie a l'antique et très haute sise au midi de la cité et dite la porte du faubourg d'Aupailhac, que cette porte de ville se trouvant aujourd'hui délabrée et menaçant de crouler, que si malheureusement cela arrivait son écroulement serait dans le cas d'écraser partie des maisons qui l'avoisinent et notamment celle de la cytoyenne Veuve Chaurès, en outre son écroulement serait dans le cas d'écraser quelques corps humain ou tout autre chose, et son débris devenir hors de service. '' Le conseil municipal délibère alors que la tour de ville d'Aupailhac soit abaissée et descendue de toute la partie haute composée d'une petite chambre et pigeonnier, etc.

                Le premier mai 1810, on voit la même proposition faite par M. le Maire. Enfin, soit que les tours menacent ruine, soit qu'elles gênent la circulation, en 1813, on demande qu'elles soient démolies. Il ne fut tenu aucun compte de cette demande car en 1823, M. Baron donne la somme de 2000 Fr pour les rétablir comme elles étaient en 1778. Les plans furent dressés par M. Cambon, ingénieur; mais ce projet ne fut pas mis en exécution.

                 Les remparts détruits, les fossés comblés ont fait place aux chemins dits, du Boulevard et de la Côte des Pères, dans sa partie supérieure. En 1781, on fit procéder à ‘’ l’arpentement et fixation des terrains qui pouvoient avoir été usurpés par divers particuliers avoutissants aux fossés de la présente ville ‘’. Quelques jours après, il fut dressé ‘’ un plant jéométral et visuel pour la formation d’un foiral qui doit être placé dans le voulebard aux aspects du couchant et du septentrion.’’ On procéda également alors aux enchères pour l’adjudication des travaux concernant le ‘’ comblement et le déblayement du dit fossé et pour le plantement des ormeaux. ‘’

                La récolte de l’année 1790 fut si mauvaise que les municipalités se virent obligées de subvenir aux besoins des pauvres. C’est alors que des indigents furent occupés à préparer ‘’ le champ de foire, depuis la porte du faubourg d’Aupailhac jusqu’à l’extrémité de la côte du moulin, et puis en tournant derrière la Tour au couchant et septentrion jusqu’à la grange du Four, sur les boulevards de la ville, faire éblayer le haut pour y faire une promenade et au bas la continuation dudit foiral pour y mettre les bestiaux les jours de foire ’’.

                En conformité des arrêts de la police correctionnelle, la municipalité dût se procurer en 1791, un local devant servir de maison d’arrêt. M. Sévérat, Maire, proposa le 27 9bre de la même année, d’affecter à cet usage la tour de la porte d’Ombes, dite Revelin, soit ‘’ à raison du peu de réparations qu’elle occasionnera, dit-il, soit à raison de la situation et de l’air que l’on peut y respirer. ‘’ Cette proposition fut unanimement acceptée par le Conseil Municipal.

                Aujourd’hui les deux Tours de ville ont complètement disparu.

3. Sicard de Miremont et Honor de Durfort, son épouse

                Au treizième siècle une famille seigneuriale portait le nom du fief de Miremont. Sicard de Miremont, chevalier de St Jean-de-Jérusalem fut précepteur des Hospitaliers de Boulbonne, pendant plus de quarante ans, si les nombreuses chartes qui nous ont conservé sa mémoire portant les dates extrêmes de 1248 et de 1290 ne désignent qu’une seule personne (archives départementales de la Hte Garonne; ordre de Malte St Jean del Thor, Boulbonne, Caignac). On admire encore la magnifique statue sépulcrale du chevalier de Miremont dans l’église de Lagrâce-Dieu, petit village voisin qui posséda jusqu’à la Révolution une ancienne abbaye de femmes de l’ordre de Fontevrault. (Les religieuses de Lagrâce-Dieu jouissaient de la seigneurie spirituelle et temporelle de la paroisse; elle nommait leur curé et faisaient rendre leur justice par leur juge. Elles avaient leur prison dans les dépendances du monastère - archives départementales - Intendance 1744)

                La supérieure de ce couvent n’avait que le titre de prieuse et non d’abbesse comme l’ont avancé faussement quelques auteurs, mais elle était seigneuresse de Lagrâce-Dieu, ayant droit de justice haute, moyenne et basse. Ceci ressort de plusieurs pièces conservées encore aujourd’hui aux archives de cette commune.

                Dans cet ordre les hommes étaient soumis à la puissance des femmes. Les religieuses portaient la robe blanche, le rochet de batiste plissé, la guimpe, les bas et les souliers blancs, la ceinture noire et le voile noir; quand elles sortaient, elles avaient une longue robe d’étamine noire.

                Le prieuré a complètement disparu. Des jardins et des champs cultivés occupent la place du cloître et des bâtiments monastiques. L’église elle-même, qui se reconstruit actuellement et qui servait à la fois à la paroisse et au couvent, a subi de notables changements. Elle possède encore l’admirable tombeau de Sicard que l’on considère comme l’un des bienfaiteurs du couvent.

                Au-dessus de la statue et sur le biseau du couvercle se trouve l’inscription suivante en belles lettres du XIII° siècle: ‘’ Anno Domini M.CC.LXXX.VII. nonas septembri obiis nobilis vir Dus Sicardus dé Miramonte, miles, cujus anima, requièscant in pace. Amen. Pater noster.’’

                Une série de quadrilobes dans le goût du XIII° siècle se développe sur les flancs du tombeau renfermant chacun un écusson chargé d’une pièce héraldique alternativement répétée. C’est tantôt une croix perronnée et tantôt un lion rampant. L’écusson du milieu est seul chargé de pals.

                Sicard de Miremont ( Sicardus de Miramonte, de Miremonte ) probablement un des fils de Bernard, un des témoins nommés dans le traité de paix entre saint Louis et Raymond VII ( 1229 ), joua un certain rôle dans les événements qui suivirent la croisade contre les Albigeois. Il figure dans un hommage au dernier Raymond ( 1237 ) et fut un des commissaires chargés de recueillir les serments de fidélité dans la Toulousain et l’Albigeois, le Rouergue, le Quercy et l’Agenais ( 1243 ). On le retrouve l’année suivante comme témoin des hommages des comtes d’Astarac et de Comminges; il vend au comte Raimond: ‘’ Totam jus et dominum..in castro Santae Gavellae.’’ En 1265, Roger Bertrand de Foix, jure paréage et fidélité. Dominis castri de Saverdun et nobilibus veris ejudden castri videlicet et D. Sicardis de Miramonte.

                On voit à Miremont, dans une ferme située à l’entrée de la ville, ayant appartenu aux Pères Doctrinaires et formant aujourd’hui la propriété de M. Bioussa, le tombeau d’Honor de Durfort, femme de Sicard de Miramont. L’auge de ce tombeau placée dans la cour à côté du puits, sert à l’abreuvage des bœufs et des chevaux de la ferme. Le couvercle renversé, à l’angle du hangar, sert de mangeoire aux pourceaux. Le tombeau de la noble châtelaine serait digne pourtant d’un meilleur sort. Les décorations dont il est orné différent de celles qui règnent sur le tombeau du chevalier. Le milieu de l’auge est occupé par un quadrilobe semblable à ceux que l’on voit sur le tombeau de Sicard, il enferme un écu chargé d’une croix perronnée. De chaque côté de cet écu s’élance un gracieux rinceau de pampre dont les volutes s’épanouissent en une feuille de vigne déchiquetée.  

Sarcophage d'Honor de Durfort (Square Jeanne d'Arc - Miremont)

                Le portrait d'Honor de Durfort est gravé au trait sur le couvercle; ses pieds, dont on aperçoit à peine l'extrémité sous les longs plis de sa robe flottante, reposent un gros chien accroupi.

                Des écussons sont disposés sur le biseau prés des quatre angles du couvercle; ils portent les mêmes pièces héraldiques que ceux qui décorent le tombeau de Sicard de Miramont. Sur l'un des biseaux est gravé l'inscription suivante: '' Anno Christi M.CC.LXXX, Kal Aprilis obiit Dna Honoris  de Durfort monaca uxoris Dni Cicardi de Miramonte, militis, cujus anima. requiescat in pace. Amen.''( l'abbé Carrière de la société archéologique du midi.) - Quant aux armoiries répétées sur les deux tombeaux, il est certain que la croix perronée appartient aux Miramont, la place même qu'elle occupe sur le sarcophage d'Honor, la droite, est toujours celle des armoiries de l'homme; de plus, on retrouve cette même croix sur le tombeau de l'évêque Bertrand de Miramont, datée de 1285, à St Bertrand de Comminges - 

                Quoique relevant des comtes de Foix pour la majeure partie de ses biens, Sicard paraît avoir été un des principaux témoins entendus dans l'enquête obtenue par Raymond VII, pour établir que son père était mort dans la vraie foi et qu'il avait droit à la sépulture religieuse (1249) . Dans sa longue déposition, il dit entre autres choses que le matin du jour ou mourut Raimond, il l'avait accompagné à l'église de la Daurade: '' illa Die qua decessit ipse testis ivit cum eo ad ecclésiam - beati Mariae Dauradoe. ''

                On le sait, l'enquête n'aboutit point, et les ossements du comte se réduisirent en poudre dans un misérable coffre de bois, sa tête traîna longtemps dans quelque sacristie comme objet de curiosité. Tandis que Sicard de Miramont, le témoin qui s'était efforcé d'obtenir pour lui l'aumône d'une sépulture, reposait en paix, dans son cercueil de marbre à côté de celui de sa femme Honor de Durfort.

                Comment expliquer le titre de Monaca donné à celle-ci du vivant même de son mari, qui, d'après les deux épitaphes, n'est mort qu'un an après elle? Faut-il constater ici un trait de mœurs de l'époque? Les deux époux auraient-ils d'un commun accord renoncé à la vie conjugale, et Honor se serait-elle donné au monastère de Lagrâce-Dieu? ...

                En dehors des souvenirs historiques, les deux tombeaux qui nous occupent nous paraissent intéressants comme exemple de la transition du style roman à celui qui prévalut au XIII° siècle; ils conservent encore l'antique forme du sarcophage. L'ornementation de celui d'Honor est inspirée par les traditions anciennes, par les allégories mythiques des premiers siècles; la vigne y étale encore ses rameaux symboliques; mais l'influence d'idées plus récentes y fait apparaître les signes héraldiques, et le couvercle, le toit, tend à perdre la forme du prisme pour devenir une dalle gravée où se trouve reproduite l'image du défunt. Peut-être faudrait-il attribuer à l'intervention monastique les souvenirs du symbolisme ancien traduits sur ce sarcophage à un moment où ils tendent à disparaître partout.  

Sarcophage de Sicard de Miremont (Eglise de Lagrace-Dieu)

                Le tombeau de Sicard aurait été conçu sous une tout autre inspiration; l'idée guerrière et féodale y domine exclusivement; le chevalier dort dans son costume de guerre, les pieds appuyés sur un lion, sa cotte d'armes, ses gants sont armoiriés, le sculpteur n'a pas trouvé de plus rationnelle, de plus belle décoration pour le corps du sarcophage qu'une ceinture, qu'un litre d'écussons; il l'interrompt à peine pour placer un christ en croix sur un des petits côtés au-dessous de la tête du chevalier: c'est là le seul signe religieux que porte le tombeau, et ce signe n'a rien de symbolique. La statue couchée sur le couvercle est, elle aussi, une innovation. Nous ne prétendons point qu'il n'y en ait pas des exemples antérieurs, mais nous les croyons rares, au moins dans le midi, où l'on sculpte longtemps les couvercles de sarcophages en forme de toiture. Les tombeaux des comtes de Toulouse à Saint-Sernin en sont une preuve. Mais si certains détails des deux monuments que nous étudions révèlent de nouvelles tendances artistiques et une rupture prochaine avec les traditions romanes, l'exécution de leurs ornements rappelle encore beaucoup le faire des vieux maîtres méridionaux. Le trait gravé domine sur le tombeau d'Honor; les reliefs de celui de Sicard sont peu prononcés, la sculpture en est encore méplate; on dirait de vraies découpures de marbre.

                Ici la sobriété du moyen donne un effet puissant en harmonie avec la sévère simplicité et le grand air des lignes générales, le style ogival n'a pas encore fait oublier la conception unie, calme et large familière au roman comme il le sera plus tard en entassant les moulures compliquées et les hors-d’œuvre, s'il amaigrit déjà les contours, il laisse se trahir clairement la persistance du génie méridional à travers les importations gothiques de l'école de France qui ne s'épanouirent jamais complètement sur ce sol.

                Aussi les tombeaux de Lagrâce-Dieu peuvent-ils, selon nous, être rangés au nombre des œuvres rares aujourd'hui dont l'étude permet d'apprécier en quoi nos Trecentisti ont fait preuve d'originalité et quelle est la physionomie particulière de l'art méridional au XIII° siècle.

Signé: B Dusan, Directeur de la revue archéologique du midi de la France.

4. Faits anciens se rattachant à Miremont

                Durant les guerres des comtes de Foix et d'Armagnac à la fin du XIV° siècle, les plateaux de Miremont furent le théâtre d’événements dramatiques.

                En 1377; le plus magnifique et le plus populaire des comtes de Foix, Gaston Phêbus (ainsi surnommé à cause de sa beauté) reçut un cartel de Jean d'Armagnac. Il lui assigna '' camp et jour de bataille en un lieu nommé Bonrepaus'' et y fit  planter un pal en guise d'enseigne. Puis, au jour venu, il s'achemine vers le camp et n'y rencontra personne. Le comte d'Armagnac, après une courte apparition à Mirepoix, s'était retiré par le Lauragais jusqu'à Toulouse où il défiait son rival. Phoebus fit la même route et '' comme raconte un de ses historiens, se voyant mocqué par son ennemy, se laissa aller un peu à la cholère ''. Arrivé devant les faubourgs de Toulouse au pied des murailles du château narbonnais, il supposa  que l'Armagnac s'y tenait caché, mit le feu aux maisons sans aucun scrupule et s'en revint à Mazeres.

                L'incendie du faubourg avait causé grand émoi dans Toulouse, on sonna l'alarme jusqu'à St Cyprien et des troupes communales armées à la hâte se mirent en marche. Phoebus avait déjà disparu, on le crut à Miremont où séjournait à cette époque son frère Arnaud Guilhem, et sans autre forme de procès, Miremont fut pris et Arnaud Guilhem tué. A la nouvelle de cette mort, Phébus accourt, '' il leur donna bataille si très forte et rude, continue le chroniqueur, qu'il les tua tous ou myst en fuyte, et s'en noyarent grandement à la rivière de la Riège et Garonne, et vela le bien que ceulx de Tholoze eurent pour soustenir le parti du comte d'Armagnac. (Annales de Foix, nouvellement composées par maistre Guilhaume de la Perrière, licencié en droitz, cytoyen de Tholose, et imprimés par Nicolas Viellard, Tholoze 1539.)

                Là-dessus le disert et mythologique historien de Foix, M. Pierre Olhagaray, historiographe de Henri IV, ajoute quelques réflexions philosophiques.

                '' Le cocher, dit la maxime, emporté par chevaux qui commandent au charron, roule impétueusement jusqu'à ce qu'il rompe ou trébuche. Phoebus eust mieux fait de dire son alphabet attendant le retour de son ennemi en lieu opportun selon l'advertissement d'Athénodore philosophe à ce grand Auguste ....  Au contraire pour avoir courroucé et offensé le faubourg sans aucun méfait, il fut extrêmement hay de ceux de Toloze et ne parloient de lui qu’en le maudissant comme ceux de Ténède, d’Achylle, et les biens d’Hercule. (Histoire de Foix, Béarn et Navarre diligemment recueillie par M. Pierre Olhagaray historiographe du roi. Paris, 1609.)

                Le bruit de ces luttes sanglantes, dont les populations portaient la peine suivant l’usage arriva aux oreilles du roi de France, et, en 1368 Charles V dut intervenir pour mettre la paix entre les deux adversaires.

                Miremont fut pris et brûlé par les Anglais, en 1355. Les plénipotentiaires de France et d’Angleterre, assemblés à Avignon devant le pape, n’ayant pu convenir de la paix, on se prépare à la guerre de part et d’autre. Comme la prince de Galles projetait de faire une nouvelle irruption dans la sénéchaussée de Toulouse et le reste de la province, le comte d’Armagnac ordonne à tous les peuples des environs de Toulouse de se retirer dans la ville ou dans les lieux fortifiés avec les meilleurs effets et tous les vivres qu’ils pourraient rassembler. Il manda à tous les habitants de la ville et de la viguerie de Toulouse qui étaient au-dessus de 14 ans de s’armer un au moins dans chaque maison et de se tenir prêts à marcher à la quinzaine de la Pentecôte, pour servir pendant 40 jours et aller audevant des Anglais pour les combattre. Il manda toute la noblesse de la province et ordonna à ses troupes de porter des croix blanches sur leurs habits, à peine d’être traités comme rebelles et ennemis, avec défense à quiconque de sortir du pays.

                Enfin il fit venir à Toulouse un corps d’arbalétriers génois et lombards et leur enjoignit de se mettre en marche sous la conduite de leurs capitaines, quand ils seraient mandés, sous peine d’avoir le pied droit coupé.

                Cependant la prince de Galles ayant débarqué à Bordeaux se mit à la tête de son armée, traversa la Gascogne, vint camper à Portet sur la Garonne à une lieue au-dessus de Toulouse, vers la mi-octobre et passa ce fleuve sans aucune résistance.

                Il s’étendit ensuite de tous les côtés comme un torrent impétueux, s’avance vers Castelnaudary, pilla et brûla en passant la lieu de Castanet, les châteaux ou villes de Carbonne, et de Miremont dans la judicature de Rieux, les villes de Montgiscard, Baziège, Villefranche, Avignonet prit également la ville de Castelnaudary, y mit le feu et la détruisit presque entièrement.

                Il en fit autant des villes de Fanjeaux, Alzonne et Montrel et plusieurs châteaux du voisinage et se rendit maître de la ville basse de Carcassonne où il mit le feu et la détruisit presque entièrement et d’où il amena les principaux habitants prisonniers.

                Le prince de Galles tenta ensuite le siège de la cité de Carcassonne, mais comme elle était en état de faire une longue résistance, il abandonna ce dessein et continua sa marche sur Narbonne ; il entreprit le siège de la cité après avoir mis le feu audehors, mais Aymeri, vicomte de cette ville soutint le siège avec tant de résistance qu’il l’obligea à  abandonner son entreprise. (Histoire Générale du Languedoc par Don Vaissette T.III et IV)

                En 1486, Dans la guerre entre la princesse de Viane et la comtesse de Narbonne, la ville d’Hauterive fut assiégée et soumise ; St Sulpice eut le même sort. Une conspiration semblait assurer au vicomte de Narbonne les lieux de Miremont et de Sainte Gavelle. Les conjurés furent découverts et eurent la tête tranchée. (annales p.178)

                Miremont fut pris d’abord par les Religionnaires, puis en 1573 il tombe au pouvoir des Ligueurs. Le 6 octobre de cette année les Religionnaires de Castres se saisissent de la ville de Burlas où il y avait une collégiade; tous ceux qui composaient la garnison furent tués ou faits prisonniers ; mais Missègle, le gouverneur, fut sauvé. Ceux des environs de Beziers prirent par escalade, quelques jours après, Bizan de las Altières prés de Narbonne. Du reste, la trêve fut assez bien observée jusqu'au 19 de 9bre que les religionnaires prirent Cuxac près de Carcassonne, et le lendemain, le château de Gaujac près de Serviez. Ceux des montagnes du diocèse de Lodève s'étant assemblés le 20 9bre, descendirent dans la plaine et s'emparèrent de Florensac et de Domeyrac au diocèse d'Agde. Les religionnaires  de Lauragais conduits par le capitaine la Salle, prirent d'un autre côté Miramont près de Toulouse, et ceux de St-Antonin en Rouergue, se saisirent de Varen et d'un château voisin, qui furent ensuite repris par les catholiques. (Histoire Générale du Languedoc T.5- p.323)

                Le duc de Joyeuse soumet la ville de Miremont au diocèse de Toulouse, en 1592.

                Les royalistes s'étant saisis au mois de janvier de la petite ville de Miremont, (Archives des Etats du Languedoc) située à trois lieues de Toulouse, vers le pays de Foix, ce qui incommodait fort les toulousains. Les Etats prièrent le duc de Joyeuse d'aller la remettre sous l'obéissance de la Ligue. Le duc se chargea volontiers de cette commission, et ayant rassemblé un corps d'armée qu'il joignit à 4000 Tudesques ou Lansquenets et à quelques compagnies de cavalerie étrangère qui étaient soudoyés par le roi d'Espagne, il somme Viviers, seigneur de Miremont, qui y commandait, et qui avait 150 hommes de garnison, de lui remettre la ville et le château. Sur son refus, Joyeuse assiège la place, fait une brèche considérable et donne l'assaut; sa première troupe fut vivement repoussée, mais la seconde ayant escaladé, Viviers fait mettre le feu à la ville et se retire au château avec la garnison et les habitants et se défend encore pendant trois jours. Enfin voyant qu'il n'y avait plus moyen de tenir, une partie de la garnison cherche à se sauver à la faveur de la nuit du dernier février; mais elle est vivement repoussée et taillée en pièces par les Ligueurs. L'autre demande à capituler. Tandis qu'on parlementait, les ligueurs entrent dans le château et font main basse sur tous ceux qu'ils rencontrent. Il n'y eut que huit à dix soldats d'épargnés qu'on réserva pour être pendus, et deux officiers à qui on sauva la vie pour en faire un échange. On compte qu'il y eut dans cette occasion une cinquantaine de royalistes qui périrent par la main des ligueurs. (Histoire Générale du Languedoc T.V, p.456)

5. Principaux possesseurs du fief de Miremont

                Les députés des villes maîtresses prenaient part aux élections des Etats Généraux de France. Le procès-verbal de l'assemblée du diocèse de Toulouse ci-après rapporté nous montre que Miremont était classé dans cette catégorie:

                '' L'an 1649, et le 5° jour du mois de mars, a Thoulouse et dans le palais épiscopal (de Monseigneur l'archevesque) par devant M° Pierre Flous, chanoine en l'église métropolitaine de Saint-Etienne, et vicaire général de Monseigneur l'Archevesque dudit Thoulouse, commissaire ordinaire des assiettes ordinaires du diocèse de Thoulouse.

                Ont été assemblés, MM. Guilhaume Vigourous, consul de Saint-Félix, Jean Moras, consul d'Hauterive, Guilhaume Reynes, consul de St-Sulpice, Hugues de Siméon, consul de Montesquieu, Antoine Danon, consul de Montgiscard, Jean Vaissière consul de Buzet, Olivier de Poucaud, consul d'Auriac; Jean Laborde, consul de Villefranche, Guilhaume d'Estampe, consul de St-Julia, Pierre Duprat, consul de Miremont, et Pierre Savy, consul de Verfeil; les tous députés des villes maîtresses et capitales dudit diocèse, etc. (Histoire Générale du Languedoc T.XIV)

              '' Onze lieux du diocèse de Toulouse envoyaient tour à tour un député aux Etats, en onze années. Miremont envoya en 1776.'' (Extrait de l'armorial des Etats du Languedoc par M. Gastelier de la Tour, écuyer)

                La ville de Miremont a fourni plusieurs capitouls à Toulouse, parmi lesquels nous relevons les noms suivants: Pierre de Miramont, capitoul en 1203; Arnaud de Miramont, c. en 1207; Arnaud Madron, c. en 1488; Jean de Rochefort, seigneur de Viviers, cap. en 1524; Pierre Durtaud, seigneur de Viviers et co-seigneur de Miremont, cap. en 1620.

                Le fief de Miremont a été possédé par plusieurs seigneurs dont la plupart portaient le nom de cette même ville.

                Nous voyons en effet, le 15 octobre 1234, Sicard de Miremont vendre à Raymond VII toutes ses possessions à Montgiscard telles que les tenait son père, Bernard de Miremont. Le prix de vente n'est pas indiqué.

               Le 12 septembre 1243, Béranger de Promilhac, viguier du comte Raymond VII, confirme à Aimard de Miremont la possession du quart de fief de chevalier (milicia) acquis par lui de Bertrand de Caussidières dans les dimaires de St Etienne de Caussidières, de Ste Marie du Val, sauf les droits supérieurs du comte.

                Le 25 avril 1245, Vidal fils de Guilhem Aton de Miremont se met, lui et ses biens, sous la protection de Raymond VII et promet de lui payer, chaque année, à la St Julien, un quarteron de bon froment.

                Le 15 mars 1236, Bernard Amels de Pailhès reconnaît qu'il tenait du comte Raymond VII le domaine supérieur des châteaux de Sainte Gabelle et de Grazac que Sicard de Miremont et ses enfants tenaient de lui en fief. Il cède au comte son droit de suzeraineté et Sicard de Miremont devient vassal immédiat de Raymond VII.

                Le 16 janvier 1244, Sicard de Miremont, pour subvenir à ses besoins vend à Raymond sa part du château de Sainte Gabelle et tous les droits qu'il y tient. Prix de la vente 7200 sous.

                Le 21 janvier 1244, Englesia, femme de Sicard de Miremont et son fils Sicard, approuvent la vente faite par leur époux et père au comte Raymond VII de la ville de Sainte Gabelle.

6. Raymond de Falgar, natif du chateau de Miremont

                Au commencement du XIII° siècle naquit au château de Miremont, Frère Raymond de Falgar, provincial des frères prêcheurs; il fut élu évêque de Toulouse à la place de Foulques, le 21 mars 1231. L'évêque de Tournay légat du saint-siège, confirme son élection.

                Le nouvel évêque de Toulouse, marchant sur les traces de son prédécesseur, poursuivit vivement les hérétiques et défendit avec ardeur les droits de son église; il excita surtout le comte de Toulouse à seconder son zèle et employa tantôt les voies de rigueur et tantôt celles de douceur pour obliger ce prince à faire ce qu'il souhaitait. Enfin il l'engagea à agir de concert avec lui pour la recherche des sectaires dont ils prirent entr'autres, dans une nuit, dix-neuf, tant hommes que de femmes, de ceux qu'on appelait Revêtus, lesquels s'étaient cachés dans les montagnes. Payen, autrefois seigneur de la Bécède dans le Lauragais était du nombre. (Histoire du Languedoc, tome III)

                Ce prélat, accusé de mener une vie licencieuse et d'être extrêmement négligent dans les fonctions de son ministère, le pape nomma Mauris, archevêque de Narbonne, Bérenger de Frédol, évêque de Maguelone et le prieur de Nérac, de l'ordre de saint Benoît, pour se rendre à Toulouse, y examiner en qualité d'inquisiteurs ou de commissaires, la vie et la conduite de Raymond de Falgar. L'archevêque de Narbonne lance une excommunication contre lui. Raymond obtint du pape Urbain IV l'absolution de cette sentence; Mais à peine de retour dans son diocèse, cet archevêque l'excommunia de nouveau sans aucune formalité, de quoi le pape Clément IV, successeur de Urbain IV, le reprit sévèrement le 22 juillet 1265. Raymond est obligé de retourner à Rome où il obtint une nouvelle absolution.

                Il y a lieu à croire que Raymond de Falgar se tira de cette affaire avec honneur. Le pape le qualifie en effet '' son très cher frère '' dans une lettre qu'il lui écrit le 12 octobre 1267. Raymond posséda d'ailleurs paisiblement l'évêché de Toulouse jusqu'à sa mort, arrivé le 19 octobre 1270, après l'avoir gouverné 39 ans. Il fut inhumé dans l'église des Dominicains de Toulouse . On y voit encore son tombeau et son épitaphe où on fait un grand éloge de sa personne. Il possédait de grandes richesses et donna aux religieux dominicains 4.000 sols pour servir à la construction de leur église. La statue se voit au Musée de Toulouse, galerie des antiques, n°569.

                Nous extrayons d'une Biographie  Toulousaine par une société de gens de lettres, la trait suivant de la vie de Raymond de Falgar:

                '' Salama, Toulousain, moine de l'ordre fondé par Dominique d'Osma, fut l'historien des Inquisiteurs de la foi dans le XIII° siècle. Il vécut au milieu des premiers membres de ce féroce tribunal et son histoire manuscrite était conservée chez les Jacobins de cette ville du temps ou le Père Percin écrivait son Monumenta conventus Tolosani ordinis fratium prédicatorum, etc. Nous croirions mal remplir les engagements que nous avons pris envers nos concitoyens si nous ne rapportions pas un fait aussi curieux qu’épouvantable recueillie par Salama, témoin occulaire, et confirmé par l’insertion que Percin en a faite dans son ouvrage. La vraie piété ne pourra que gémir avec nous des excès commis autrefois ; nous nous occupons peu des fureurs du fanatisme, car lui seul viendra nous blâmer. En l’an 1234, fut célébrée la fête de la canonisation de saint Dominique dans l’église des Dominicains de Toulouse. Raymond de Falgar, évêque de Toulouse, ancien profès de cet ordre, y célébra la messe pontificalement, après quoi il passa au réfectoire avec sa suite pour y dîner avec le communauté. Au moment où ils allaient se mettre à table, le Père Pons de Saint-Gilles fut averti par un inconnu que certains hérétiques s’assemblaient dans une maison du voisinage chez un nommé Poitevin, et qu’ils y catéchisaient sa belle-mère qui était dangereusement malade. Le prélat, le prieur, les moines ne songèrent plus à prendre le repas ; ils se hâtèrent de courir au lieu indiqué, et sans se faire connaître, ils s’approchèrent de la moribonde et lui tinrent le langage que les Albigeois lui auraient tenu. Cette malheureuse les prenant pour des gens de sa secte, les écouta, leur répondit dans le même sens, terminant par leur dire avec une extrème simplicité, ‘’ je vous parle comme je pense ‘’ A ces mots l’évêque mettant toute dissimulation de côté, se fit connaître, la pressa, la supplia de revenir de son erreur ; mais la trouvant inébranlable, le zéle du seigneur l’emporta, dit l’historien, il ordonna qu’on fit venir le viguier de la ville, magistrat distinct de celui du comté, et l’ayant devant lui, il condamna la pauvre femme au supplice du feu, voulant que l’exécution de la sentence ne fût pas différée d’un instant.

            Le viguier, sans autre formalité la fit transporter au pré comtal, (aujourd’hui pré des Sept deniers), et l’y fit brûler tout de suite. L’évêque cependant prévoyant les suites de cette scène abominable fut dîner chez lui, quoiqu’il eût promis de prêcher aux vêpres. Pour les bons Pères, ajoute le Père Percin, d’après Salama, ils revinrent au réfectoire manger ce qu’on leur avait préparé, rendant grâce à Dieu et au bienheureux saint Dominique de ce qui venait de se passer pour l’exaltation de la foi.

            Un sermon digne de la scène que nous venons de décrire fut prêché ensuite par le prieur du couvent. Il prit  pour texte ces paroles qu’il appliqua avec trop de raison à saint Dominique : Le prophète Elie s’éleva comme un feu et ses paroles brûlaient comme un flambeau. – Salama, qui raconte ce fait ajoute : « Celui qui a écrit ceci l’a entendu de ses propres oreilles. » Et le Père Percin fait à ce sujet la réflexion suivante: C’est dans cette circonstance que Jean-Chrysostome se serait écrié: Voyez quelle douceur porte avec elle la liberté de la prédication ! ! !

            « Cet événement ayant terrifié la ville, le viguier et les capitouls, d’intelligence sans doute avec le Comte, firent publier à son de trompe la défense dont parle Catel, d’entretenir, sous peine d’amende ou de punition corporelle, aucun commerce avec ces religieux, de leur rien vendre, de leur rien donner, pas même de l’eau de la Garonne, tant leur atroce action avait inspiré d’horreur. »

            *** De Miremont était docteur es-lois, professeur Du Droit civil à la faculté de droit de Toulouse. On raconte qu’en 1273 il fit les fonctions de Procureur général au parlement qui fut tenu cette année, au nom du roi Philippe-le-Hardi, dans l’abbaye de Sorèze, dite abbaye de la Paix (annale de La Faille). A cette année, il rapporte ce fait d’après la chronique de Bardin, dont l’autorité est un sujet de controverse. L’histoire du Languedoc la récuse et soutient que le Parlement de Toulouse ne fut institué par le roi Philippe-le-Bel qu’en l’année 1280. Mais cela n’empêche pas qu’en 1273 une réunion des juges ait pu avoir lieu à Sorèze par ordre du roi pour juger certaines affaires et que les fonctions équivalant à celles du Procureur Général aient été confiées à un professeur de droit civil *** de Miremont.

            La désignation de Miro-monte, de Miremont ou Miramont revient souvent. L’évêque de Toulouse, mort en 1270, était Raymondis de Falgaris de Miramonte. Le professeur de droit civil, on ne donne ici que le surnom, pouvait être de sa famille en même temps que du pays. Pierre Mascaron docteur en droit, fut désigné comme juge dans un procès que les syndics de la province intentèrent à Eustache de Beaumarchais, sénéchal de Toulouse, et sur lequel il fut statué à Carcassonne en 1238.

            Mascaron se trouve fréquemment à toutes les époques. Hugues mascaron fut évêque de Toulouse de 1285 à 1296. Sur le nom de Mascaron, Percin donne cette explication : Monumenta Qunior nomem de Mascaron provenisse a loco de la Mascaire cujus toparchia dominabatur urbibus et locis d’Auterive, de Xinte Gabelle, de Miramonte, del Vernet, de Beaumont, de Grépiac, pluribusque alliis.

            Il ajoute que la famille de Falgar était alliée à celle de Mascaron, de sorte que l’évêque Hugues de Mascaron était parent de Raymond de Falgar. « Familiam de Falgario sanguini de Mascaron junctam fuisse constat ex antiquissimis manuscriptis fide dignissimis Hugonem de Mascaron prima pietatis et doctrine haussine rudinienta sule disciplina Raymondi de Falgario ipsi affinis pro certo habdur ». Ainsi le docteur en droit, Pierre Mascaron pouvait être parent de l’autre docteur *** de Miremont et tous deux étaient de la famille des évêques Raymond de Falgar et Hugues de Mascaron. (Membres de l'académie des sciences et Belles lettres par Gracien Arnoult Hre de l'université de Toulouse, 8° série 1870, tome 1, 1° semestre)

7. Autres possesseurs du fief de Miremont

            On voit ensuite le seigneur de Viviers, dont le château était sur la partie la plus haute de la ville et qui a conservé longtemps la dénomination de château, soutenir le siège contre le duc de Joyeuse qui prit et pilla Miremont en 1592.

            Le Président de Donneville passa le 13 février 1633 avec la communauté un bail à fief, par lequel la Tuilerie que possédait Miremont devait lui faire une rente annuelle de 15 livres et lui payer en outre 10 livres d’albergues.

            En 1620, Pierre Durtaud, Docteur et avocat, capitoul de Toulouse, était seigneur de Viviers et co-seigneur de Miramont. En 1644, il était chef des capitouls. Cette année-là, les capitouls ayant voulu nommer leur successeur, reçurent, au moment de procéder à cette opération, une lettre de cachet du Roi portant ordre de recevoir et de nommer huit personnes désignées, parmi lesquelles le fils de Durtaud. Le conseil s’étant assemblé aussitôt, il fut arrêté que le sieur Durtaud père, sortirait de l’assemblée. (annales de Toulouse, pas du Rozoy, Paris, Vve Duchesne .1776)

            Par ordonnances des commissaires du roi en date du 23 août 1759 le quart de Miremont est adjugé à M. le comte de Guerchy, marquis de Miremont ; mais la municipalité fait opposition à cette ordonnance, et voici les délibérations qu’elle prend à ce sujet.

            « L'an mil sept cent soixante et le sixième jour du moies de mars, dens lotel de ville de Miremont, a lisse de vepres audiossesse et senechossee de Toulouse, ount este assemblés en conseil politiq pardevent noble Pierre Bernard Duprat, Jean Maury, Jean Arolles, consul modernes de lad. ville; le sieur Pierre Lassalle sindic de la communautée, le sieur Jean Pailhac sindic de mesieurs les Bientenans foreins, mètre Antoine Constantire Docteur an sinte théologie, prètre et qurre de Miremont Et mètre Jean Bonnefont esprovincial et Recteur de la maison des Reverans perres doctrinaires de lad. ville. Le sieur Jean Ollé sustitut, monsieur le procureur général du roy lesieurs Antoine Pomies; le sieur Jean Lufiac, le sieur Guillame Peiret, Paul Lassalle, Bernard Deltour, Jean-Pierre Carles, François Lufiac, Jean Baron, Antoine Varés, Pierre Lozes, Pierre Bajou, Dominique Barau, Matieu Pourciel, Jean Jourda, Bernard Pibou, Jean Cazeneuve, Laurent Castéras, Jean Saby, Jean Pourciel;

            « A laquelle assemblée a ette proposé par le sieur Arolles Consul quilluy a este signifie le jour de hier une ordonance de nosseigneurs les comissères du roy du 23 aout 1759 qui adjuge à Monseigneur le compte de Guerchy marquis de Miremont le quart du domaine dud. Miremont que lesds. comisaires ont regardé appartenir a sa mageste par lad. communautté de Miremont dans un actte de pariage du 15 9bre 1300 et parce que ladte communauté a toujours jouy tranquillement dud. quart du domaine par l'exercice de la justice counjoientement avec le juge de Rieux an ladte communautté a este maintenue par diferens arets du conseil du moies de desembre 1612, 30 avril 1748, 3 février 1661, est aret du parlement de Toulouse du 12 février 1518 qui ount déclaré ledt domaine inalienable et qu'il importhes a laditte communautté de ne pas lesser perdre led. privilege au countrere de simantenir et a résoün dé cé de faire oppositioun a ladte ordonnance de nos seigneurs les comisaires du roy du 23 aust 1759 sous le boun plesir de monseigneur lintendent, sur quoy prient lasemblee de vouloir délibérer.

            « A ette d'une commune voix délibéré condonne pouvoier a Monsieur le sindic de former oppositioun a lordonance de nosseigneurs les comiseres du roy au 23 aust 1759 et an exequtioun dud. actte depareage et aret du counseil de demender la cassatioun de ladjudicature faitte dud. quart du domaine a monseigneur le coumpte de Guerchy soient parce que sa mageste la déclare inalienable et parce que le cas requiert seléritte il sera de suitte demandé à monseigneur lintandent la permitioun de poursuivre la d. oppositioun et demprunter une somme convenable pour supléer aus fraix donent encore pouvoier audt sindic de faire tous les agis couvenables pour faire mentenir la communautté dans ses droix prometant de luy passer tous les fraix de dépence est justice ainsi a esté délivéré, ont signé les schasans. (Suivent 28 signatures sur 28 membres)

            Le procés commencé, la communauté choisit un avocat auquel M. de Amblard, subdélégué de l'intendance de Languedoc, écrit la lettre suivante, en-tête et en marge de laquelle se trouve écrit à titre de mémoire l'observation ci-après:'' Ecrit le 11 juin que tous les titres sont chez le sieur Labroue et que M. de Guerchy peut m'adresser la personne qui doit les vérifier.

            '' Paris, 3 may 1760, M. C Cte de Guerchy, Monsieur est adjudicataire d'une portion de justice de Miramont, il est instruit que la communauté veut y former opposition. Je ne saurais douter moy même de ce fait puisqu'elle m'a présenté une requette pour être autorisée à plaider et y a joint une consultation de vous. J'ai ordonné qu'avant tout elle joindrait à sa requette copie de l'adjudication et j'ai pris ce parti principalement pour que M. de Guerchy put  faire examiner les dires de la communauté, afin qu'il n'y eut pas procès si cela pouvait s'éviter et qu'on parvint à se régler amiablement. M. de Guerchy dans cette vue m'a prié de vous écrire pour que les notes fussent communiquées à la personne qui se présenterait de sa part. Je lui ay répondu que je vous en écrirais et que je ne doutais pas que s'ils étaient encore en votre pouvoir vous ne vous fassiez un plaisir de faire tout ce qui ne blesserait en rien vos fonctions d'avocat et la confiance de la communauté, votre cliente.

            Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. De Amblard, signé.''

            Il écrivit également aux consuls de Miremont le 14 du même mois une lettre dont voici la teneur :
           
'' Toulouse , le 14 may 1760. Je ne puis pas douter, Messieurs, que M. le comte de Guerchy ne soit disposé à terminer amiablement avec votre communauté la contestation concernant la portion de justice qui lui a été adjugée et à se désister même de son adjudication sy vous justifiez votre droit par des titres en bonne forme de sorte que je crois dans cette circonstance qu'il est convenable que vous m'exibiez ces titres, ceux que je vizés dans ma consultation n'étant que de simples copies et je suis comme assuré que dès que M. de Guerchy les connaîtra il sera le premier à vous rendre justice et à se dézister de ses prétentions. Je suis très parfaittement, messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur. D'Amblard. signé.''

            La municipalité ayant entendu la lecture de la lettre ci-dessus, le 18 mai 1760, délibère d'une commune voix '' qu'a la diligence de messieurs les consuls on prendra des archives tous les titres en auriginaux lesquels seront portés à M. de Amblard pour les examiner, par les sieurs Jean Bajou, sindic de la communauté et le sieur Jean Ollé sustitut de M. le procureur général du roy et supposé que M. de Amblard veulie les garder pour les examiner à son loizir on s'en faira faire un résépisé.''

            Avisé de la décision ci-dessus par l'avocat de la communauté, M. de Amblard l'en remercie par la lettre suivante:

            Paris, 13 juin 1760, Je vous remercie, Monsieur de m'avoir donné avis qu'on vous avait resaisy des dires de la comtée de Miremont et de la disposition où elle est d'en laisser prendre communication. M. le Cte de Guerchy m'a mandé le 2 de ce mois qu'il avait chargé de ce soin une personne de Toulouse, et ne doute pas qu'elle ne se présente bientôt à vous. Je suis, M. etc.''

            Suivent deux lettres relatives à ce procès. La première est adressée par l'intendant de la province à l'avocat de la communauté, et la seconde est de ce dernier homme d'affaires.

            '' A Montpellier, le 16 7bre 1760. Vous avez connaissance, Monsieur, de la demande des consuls de Miremont en permission de former opposition à l'adjudication qui a été faite le 23e août 1759 par Mrs les commissaires du conseil à M. le comte de Guerchy du quart du domaine et justice appartenant à sa majesté à Miramont. Vous avez même donné une consultation suivant laquelle cette communauté est fondée en cette opposition, mais comme depuis cette consultation il a été proposé de communiquer à M. de Guerchy les titres sur lesquels la communauté fonde son opposition, que même il paraît d'une de vos lettres que les consuls les ont déposés à cet effait chez un des Bientenants qui habite à Toulouse et que M. de Guerchy a chargé une personne de Toulouse d'en aller prendre communication. M. l'intendant m'a chargé d'avoir l'honneur de vous écrire pour vous marquer qu'il souhaite que vous fassiez donner à la personne préposée par M. de Guerchy la communication des titres de la communauté et il souhaite aussy que vous l'informiez de l'état de cette affaire. Je profitte toujours avec plaisir des occasions de vous renouveller du très sincère et inviolable attachement avec laquel j'ai l'honneur d'être M. Votre très, etc….''

            ‘’ 24 décembre 1760.
            J’ai eu l’honneur, M. d’écrire à M. l’intendant le 11 juin dernier en réponse à sa lettre du 3 may que les consuls de Miremont avaient remis les titres de M. de Guerchy entre les mains d’un particulier de Toulouze qu’on n’avait qu’à m’adresser la personne qui devait faire cette veriffication et que je lui indiquerois le détenteur. M. de St Amand, receveur du tabac me dit environ un mois après qu’il était chargé de cette commission et qu’il envoyerait une personne de la qualité requise pour vériffier les titres dont il sagit chez le Sr Labroue habitant de Toulouse et bientenant de Miramont. Et depuis je n’ay plus entendu parler de cette affaire parce que j’avais tout lieu de croire que la commission de M. de Guerchy avait été exécutée et que son objet était rempli. Je verroy M. de St Amand pour sçavoir ce qu’il a fait et pour luy répéter ce que je lui ai dit il y a déjà bien longtemps.  
            J’ai l’honneur …….etc.’’

            Au mois de janvier 1761, les consuls de Miremont, ‘’ désirent connaître si M. le comte de Guerchy veut finir ces différends à l’amiable par la médiation d’arbitres convenu à Toulouse ou à Paris sur la remize des titres que la communauté se croit en droit de faire valoir.’’ A cet effet le conseil délibère à l’unanimité ‘’ qu’il sera tout présentement écrit au sieur Diriart avocat en parlement procureur fondé du seigneur de Guerchy pour savoir s’il juge à propos de remettre en arbitrage l’affaire dont s’agit et au cas qu’il ne veuille pas faire cette remise, est donné pouvoir au sieur Jean Luffiac syndic de la communauté de prézanter requette à monseigneur l’intendant pour qu’il lui plaize permettre de défendre a cette instance et d’emprunter une somme convenable pour raison de ce... ‘’

            Le 21 dudit mois de janvier les consuls et syndic de la communauté font acte à messieurs les intendants forains de laditte communauté ‘’ que M. Claude Louis de Reynies comte de Guerchy lieutenant des armées du roi chevallier de son ordre, aurait fait assigner les consuls et communauté dudit Miremont devant le bureau du domaine à Toulouze pour se voir condamner à bailler un état de la finance payée par la communauté lors d’une prétendue revente du quart du domaine dudit lieu offrant de la payer comptant et cependant se voir inhibition et différence de le troubler dans l’exercice et jouissance des droits à lui adjugés par le contract du 23 août 1759. Et comme la communauté n’a jamais été engagiste du domaine du roy, que au contraire elle a patrimonialement une portion dans laditte justice suivant le paréage de l’an 1340, lesdits consuls et sindic des habitants après avoir fait consulter cette affaire et remis la copie de l’assignation à M. Richard, procureur audit Bureau pour défendre en ycelle, aurait convoqué pluzieurs assemblées en la forme ordinaire sans que aucun desdits sieurs bientenants aye daigne d’y assister. Et comme il importe a ladite communauté de prendre les arrangements nécessaires pour se conserver la portion de justice qui lui appartient légitimement. C’est pourquoi lesdits sieurs bientenants sont sommés par led. acte d’avoir à nommer incessament un syndic forain pour les assemblées de laditte commune qui seront tenues à raizon de cest affaire faute de quoy il leur est protesté qu’il sera passé outre et que le dit acte vaudra sindic tant dans l’assemblée que dans celles qui pourront être tenues dans la suite ci autresfois dudit acte .’’

            Le jour de la réunion suivante (26 janvier), il est dit que ‘’ l’heure de la sommation faitte à MM. les bientenants de nommer un sindic forain lesquels n’ont daigné se présenter ny personne pour eux. Et veu aussy que la présente assemblée ne veut pas ensuitte poursuivre une unissance cy difficile et couteuze d’autant plus n’étant pas hautorizés par monseigneur l’intendant a playder et à cet effet d’une commune voix à été unanimement délibéré qu’on donne pouvoir aux sieurs Jean Lufiac sindic de la communauté, Jean Baron, Jean Pourciel et Jean Gaillard de incessamment se transporter audit Toulouze pour finir et transiger cest affaire a l’amiable sy faire se peut pour évitter de nouveaux fraix.’’

            Voici l’enumération des titres que possédait la commune et sur lesquels elle fondait son opposition :  
1° Paréage de la ville de Miremont de 1300 ;  
2° Copie de paréage en latin et français sous le nom de coutumes daté en 1578; suit dans le même cahier la confirmation des privilèges.  
3° Extrait de l'arrêt qui maintient les consuls dans l'exercice de la justice de Viviers.  
4° Copie desdits paréages, confirmation et arrêts dûment collationnés en 1760 par M. Cazal, secrétaire du roy;  
5° Titre de la communauté de l'année 1369;  
6° Lettres de patentes contenant confirmation des privilèges (1612);  
7° Extrait du registre du Parlement de Toulouse (1518) pour confirmer les consuls de Miremont dans la justice de Viviers (1651);  
8° Ordonnance des trésoreries de France contre le Président de Donneville.  
9° Consultation de 4 avocats pour la dite communauté du 24 mars 1760.

            Que résulta-t-il de ce procès, les documents nous manquent pour le dire. Toujours est-il qu'en 1762, M. le Comte de Guerchy possédait dans Miremont 240 arpents 2 boisseaux de biens nobles et qu'en 1763, ce seigneur vendit ses propriétés à M. de Rességuier président au Parlement de Toulouse. Voici d'ailleurs l'exposé par lequel le premier consul de la communauté annonça cette vente à son conseil politique:

            '' l'an mil sept cent soixante-trois et le vingt-cinquième jour du mois de juin, avant midi. Dans lhotel de ville de Miremont au diocése et sénéschaussée de Toulouse ont été assemblés en conseil politique pardevant les sieurs Bertrand Pourciel, Jean Jourda et Jean Arolles consuls modernes de laditte ville. Le sieur Jean Lufiac, sindic de la communauté, les sieurs Pierre Lassalle, Brice Chevaud, Jean Maury, Bernard Deltour, Jean Pourciel, Paul Lassalle, Jean Bajou, Jean Paul Caffrès, Pierre Castéla, Michel Lafont, Pierre Caussé, Pierre Saby, Paul Lassalle ******

            '' A laquelle assemblée a été dit et représenté et proposé par M. Pourciel premier conseil que Messire François Marie-Louis de Rességuier, président au parlement de Toulouze. Luy a remis l'expédié en forme du contract d'acquisition par lui faitte de très haut et puissant seigneur Claude-Louis de Reignier comte de Guerchy et très haute et puissante dame madame Gabrielle Lidie de Harcourt marquise de Miremont son épouse de la terre seigneurie marquisat dudit Miremont avec haute, moyenne et basse justice. En date du sizième jour d'avril dernier recéu par Carniet et Livière, notaire à Paris; et dudit contract nous a requis d'en faire lecture à l'assemblée et a raizon d'icelluy le reconnoître pour seigneur haut justicier moien et bas foncière et directe de la ditte terre et pour y celle justice nous a dit reconnoître pour ses officiers à l'exercisse dicelle tant civille que criminelle et autant qu'il luy plaira les y maintenir maitre Jean-François Cappé, père, avocat recèu par arrêt du parlement de Toulouze habitant de la ville d'Auterive pour juge; le sieur Jean Olé pour procureur juridirectionnel et le sieur Jean Gaillard pour greffier, ces deux derniers habitants de Miremont; estant les uns et les autres pourveux de commission aux dites charges et devant lui assermentés.''

            A la mort du président de Rességuier survenue vers la fin de l'année 1769, M. Lufiac premier conseil exprime ses regrets au conseil politique de Miremont, et dit '' que sa sensibilité dans la perte que la communauté vient de faire par la mort de monsieur le président de Rességuier ne lui a pas permis de pouvoir plustot porter ses regrets a cette assemblée qui a ce qu'il croit est pénétré de la même douleur. La perte de ce seigneur si respectable bon vous l avés tous messieurs esprouvé les uns par ses complaisances les autres par ses charrittés ce seigneur je le repette dont sés bontés nous ont été en tant d'occasions si généreusement distribuées ouy messieurs la perte est préparable portons nos larmes aux pieds de cette grande dame éplorée de cest auguste fils successeur de ce digne père et de cette demoizelle renouvellons notre tendresse et notre confiance en leurs mains par l'offrande de nos homages et pour cela il convient de députter deux ou trois messieurs de l'assemblée pour se rendre. Sur quoy a requis de délibérer. A esté d'une commune voix délibéré comprie Messieurs Lufiac premier consul et Lassale sindic de la communauté de se transporter auprès de madame la présidante de Rességuier, de celui de M. le marquis de Miramont et de mademoizelle de Miramont pour les assurer de toute la sensibilité dans la perte que la communauté vient de faire, Renouveller notre soumission et nos homages en leurs mains les priant de nos accorder leurs bontés et toute leurs protections.''

            En 1779, la communauté apprenant que '' Mr le marquis de Rességuier seigneur de cette ville avocat général au parlement de Toulouze doit arriver en cette ville il conviendrait de recevoir se seigneur dans toute la dessence convenable pour luy prouver de notre attachement et respect que nous devons tous, qua cest effet il conviendroit de députer un quelquun pour haranguer et complimanter ce seigneur et de nommer un capitaine de Bazoche lequel se donnera tous les mouvemants possibles pour former une compaigne bourgeoize et de se donner tous les agis afin que tout soit fait dans toutes les bonnes règles pour la réception dudit seigneur marquis.''

            L'assemblée délibère '' d'une commune voix qu'il est bien à propos de recevoir led. seigneur marquis de Rességuier pour lui prouver de notre attachement et respect que nous lui devons tous, et à cest effet a été nommé et député noble de Thilhol avocat au parlement pour haranguer et complimenter ledit seigneur de Rességuier et pour capitaine de Bazoche on nomme et députe  M. Chebeaud lequel est prié de former une compaigne bourgeoise de la façon qu'il jugera à propos.''

            Le seigneur de Rességuier se maria vers la fin de l'année1783. A cette occasion la municipalité décide qu' '' il convient de députer pour aller luy temoigner la joye et le plaizir que cette communauté a de son heureux mariage, quelle sen félicitte et elle ne cessera de prier Dieu pour sa conservation, celle de madame la marquise et de madame la présidente de Rességuier. Messieurs les assemblés animés du respect et du zelle pour ledit seigneur marquis et de madame la marquize sa chère épouze ont unanimement délibèré qu'on nomme et députe messieurs Lassale maire et Mr Despenan lesquels sont priés de faire tel compliment audit seigneur et dame qu'il convient en pareil cas.''

            Le 10 janvier 1785 le sieur Lassalle premier consul expose au conseil '' qu'il conviendrait de prouver le plaisir que la communauté ressant de la nessance du fils de M. de Rességuier seigneur dudit Miramont n'ayant rien fait a son mariage, il conviendrait de faire une petite réjouissance a la naissance de son fils. '' '' Par lesdits sieurs assemblés, ayant antandu la propozition cy dessux, a été unanimement délibéré qu'on donne pouvoir à M. Lassalle premier consul maire de faire un feu de joy et autres amuzements a locazion de la naissance du petit seigneur de Rességuier seigneur et marquis dudit Miramont, prometant davoir le tout pour agréable.''

            Nous avons rapporté ces différents incidents pour montrer combien la communauté était soucieuse de tout ce qui concernait son seigneur.

            Ainsi que nous l'avons déjà dit, le fief de Miremont a parfois été possédé par plusieurs seigneurs. En 1620, en effet, Pierre Durtaud, docteur et avocat, capitoul de Toulouse, était seigneur de Viviers et co-seigneur de Miramont. Il vivait encore en 1644 et était chef des capitouls. Cette année là, les capitouls, au moment de nommer leurs successeurs, reçurent une lettre de cachet du roi portant ordre de recevoir et de nommer huit personnes désignées parmi lesquelles le fils de Durtaud. Le conseil s'étant assemblé aussitôt, il fut arrêté que le sieur Durtaut père  sortirait de l'assemblée (annales de Toulouse, par du Rozoy). Durtaud fut l'un des principaux acteurs de cette affaire; un arrêt du conseil du roi confirma les capitouls nommés par le gouvernement (année 1645).

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